Patat’ô gones

Le gone est un gamin Lyonnais, comme le Ch’ti celui du Nord.

Parmi les mots typiquement lyonnais, il y a gone, même si des enquêtes récentes ont montré que ce mot est en train de se diffuser dans les départements voisins les plus influencés sociologiquement par la métropole lyonnaise.
Gone est le plus souvent employé avec le sens « enfant de sexe masculin » ou avec le sens « fils, enfant » (« C’est un gone bien gentil ». « Ils sont partis en vacances avec leurs gones »). Il correspond alors au français familier gosse. Il est aussi utilisé avec le sens « Lyonnais, habitant de Lyon » et un vrai gone est un Lyonnais d’origine (« Lui, c’est un vrai gone, il est né à la Croix-Rousse »). Au jeu de boules, il est souvent employé pour désigner le cochonnet.
Ce mot a une connotation positive, ce qui lui vaut d’être souvent utilisé comme nom de commerce convivial (Bar des gones, Bar à gones, La Shisha des gones…). Il est utilisé aussi, dans un but identitaire, par les groupes de supporters de l’Olympique lyonnais (Bad gones). La gone-attitude est la façon de vivre ou de se comporter propre aux Lyonnais.

L’étymologie du mot gone est tout aussi obscure que celle du mot français gosse. Les hypothèses qui ont été émises (mot venant du mot grec γόνος « enfant » ou du latin gunna « pelisse ») ne sont pas satisfaisantes sur le plan historique ou sémantique et ne sont pas retenues par les linguistes.

Tout visiteur qui vient à Lyon souhaite manger dans un « bouchon ». Grand symbole de la gastronomie lyonnaise, le bouchon est issu de la tradition des mâchons instaurée par les canuts, ouvriers de la soie. Associée à Guignol et à Gnafron, il propose des plats simples, composés essentiellement de cochonnaille et le tout largement arrosé de Beaujolais.

Si de nos jours le bouchon est un restaurant où l’on peut déguster des spécialités lyonnaises, à l’origine, le terme désigne un lieu où l’on peut « mâchonner ». Au XIXème siècle, les canuts, qui commencent très tôt leur journée, organisent des sortes de « casse-croûte » vers 9 ou 10h : les mâchons. Il ne s’agit pas d’un repas à proprement parlé, mais d’un en-cas, souvent composé des restes de la veille et qui se prenait en dehors des restaurants traditionnels, dans un bistrot, un marchand de vin ou à l’atelier des canuts. Partagés entre hommes, ils étaient souvent prétextes à parler affaire entre les différents acteurs du milieu de la soie. On peut considérer que les mâchons sont définitivement rentrés dans la tradition lyonnaise lors de la fondation des Halles de Lyon aux Cordeliers (à l’emplacement de l’actuel parking des Cordeliers). Depuis le XIXème siècle, l’organisation du travail a évoluée mais le mâchon se pratique encore dans certains restaurants.

Le terme « bouchon » a plusieurs significations : il peut faire référence soit au bouquet de lierre ou de genêt qui était suspendu, dans l’ancien régime, à la porte des cabarets pour les différencier des auberges ; soit à la paille que les voyageurs avaient à disposition dans les auberges afin qu’ils puissent « bouchonner » leur monture avant le repas ; soit, plus simplement, au bouchon de bouteilles, même si à Lyon, l’usage est de servir le vin en pot et non en bouteille.

Les bouchons sont, à l’origine, installés dans le quartier de la Croix-Rousse, lieu d’habitation et de travail des canuts. Selon la coutume, c’est la femme qui est aux fourneaux, tandis que son mari s’occupe de la cave et de la salle. Les plats proposés sont souvent composés des restes de la veille, que les cuisinières arrangent pour éviter le gaspillage. Avec le temps les mets se sont diversifiés. Aujourd’hui, les bouchons proposent des plats exécutés avec des produits traditionnels lyonnais. On peut notamment citer la rosette, les grattons, les quenelles, le gratin de cardons à la moelle ou encore les fromages locaux. Tous ces mets sont accompagnés de vin du Beaujolais.

Les bouchons vous proposent une cuisine simple, dégustée dans la convivialité. Les menus offrent une large palette de plats à déguster, mais quelques un font partie de la grande tradition lyonnaise.

Source

Je n’aurai pas l’outrecuidance de prétendre que mes préparations sont lyonnaises. Elles veulent cependant s’inspirer de ces petites succulences que l’on peut savourer au hasard d’une randonnée pédestre dans les traboules. Mais n’est pas « bouchon » qui veut.

Chez mon producteur préféré (et bio), j’ai débusqué les toutes premières pommes de terre nouvelles. Celles-ci, nul besoin de les éplucher quand on veut les manger chaudes : un bon lavage à l’eau froide et le tour est joué. Cuites à l’eau, je les adore avec du beurre frais et du sel accompagnées (ou non) d’un excellent saucisson Lyonnais.

Il m’en restait. Et dans mon réfrigérateur, restaient aussi des lardons fumés, des cébettes fraîches, des œufs, des filets de truite fumés, du persil et de la roquette. Tout ce qu’il fallait à mon inspiration en mode lyonnais du jour pour composer deux salades que j’ai abusivement nommées « patat’ô gones ».

Là, elles avaient refroidi, alors je les ai épluchées, et les ai coupées en quart (dans le sens de la longueur) puis en rondelles. J’ai émincé finement les cébettes (petits oignons frais) que j’ai mélangées aux pommes de terre. J’ai largement arrosé l’ensemble d’une vinaigrette huile d’olive/huile de tournesol/vinaigre de cidre/vinaigre de vin. Et j’ai laissé l’ensemble s’imprégner les uns des autres.

Puis j’ai séparé en deux.

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À gauche, des lardons grillés, de la roquette finement hachée, et des œufs cuits mollet.

À droite, des lamelles de truite fumée, du persil haché.

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6 réflexions sur “Patat’ô gones

  1. Végétarien, je ne dirais rien du plat qui doit être délicieux pour qui en aime les ingrédients. Pour l’étymologie, précisons que depuis la plus haute antiquité le môme lyonnais est très fréquentable (poli gone, parfois orthographié polygone l’atteste) ; même si certaines héroïnes grecques ne l’apprécient à sa juste valeur (hein, Antigone ?)

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  2. Ton commentaire est aussi délicieux que ces deux salades 😀
    Modeste épigone des célèbres mères Lyonnaises, je conçois aisément que, pour qui ne consomme point de produits issus des animaux, ces recettes n’inspirent qu’inappétence.
    Mais, va ! Je ne jouerai pas les gorgones : dimanche, je proposerai un mets de tétragone duquel, si tu le souhaites,. tu pourras peut-être retirer les produits carnés.

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  3. Mon plat d’hier, préparé de manière différente. Oeufs au plat, bacon et cubes de pommes de terre cuits avec du romarin dans la sauteuse. C’est délicieux…

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    1. Ah oui ! Vraiment préparé de manière différente 😉
      Je tenterai d’assaisonner des pommes de terre sautées avec une vinaigrette… Ce doit être pas mal du tout ! Je te dirai 😀

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